Je ne sais pas d’où je me suis octroyée ce pouvoir. Je regarde derrière moi, les temps pas si lointains où je me faisais baiser comme une bourgeoise, bien à l’horizontale, pas trop de lumière, pas trop d’acrobaties, pas de vulgarités... Temps maudits. Je me suis prise en mains du jour au lendemain, comme ça, sans le savoir, avec des relations sans lendemain. Enfin si, souvent avec un lendemain que je ne souhaite pas forcément. Un texto, deux ou trois, de la tendresse, une étincelle, mais jamais de flamme.
Mon sac à main, c’est ma vie, tout y est dit mais il manque des choses :capotes, gants latexés, digues dentaires. Oui parce qu’après avoir baisé tous ces mecs (même s’ils pensent tous m’avoir baisée parce qu’il ont pénétré un vagin ou un cul), je veux l’objet de mes fantasmes dans mon lit : je veux une minette au masculin. Le fantasme lesbien est celui qui me fait jouir quand un mec s’attelle à le faire. Ce qui me fait penser à l’air suffisant de la plupart d’entre eux quand je gémis de plaisir, ne soupçonnant pas un seul instant que c’est une femme planquée dans mon imaginaire qui m’a donné tous ces spasmes. Je mentirai si je disais que c’était à chaque fois le cas. Des hommes m’ont fait jouir de leur propre chef mais ils sont rares.
Je suis une baiseuse née et sans complexe. On ne m’avait rien dit. Il a fallu 30 ans pour que je le découvre. Maman, tu aurais pu me le dire avant. Mais non, tu ne l’aurais jamais fait, ta fille n’allait tout de même pas te voler la vie sexuelle que tu aurais voulu / pu (rayer la mention inutile) avoir.
Je baise partout et n’importe comment, tant que je baise. Je ne suis pas nymphomane, je ne règle pas mes problèmes par le sexe. J’aime les corps, quelqu’ils soient. Je les trouve beaux dans le détail, dans leur ensemble, j’aime le contact de la peau, la vraie chaleur humaine, j’aime qu’on me touche – mais pas n’importe qui. Je suis une prédatrice ou une énigme ou encore une femme en avance sur son temps. A vrai dire, je suis les trois. Mais dans cette position je me sens plus forte, en phase avec moi-même et on me craint. Ca m’arrange, on m’approche moins. On me touche moins au plus profond de mon âme, alors on me blesse moins. A chaque pas, je deviens plus puissante.
Je suis toujours aussi sensible, mais je ne suis plus fragile.
Je baise des corps. Je ne baise que ceux que je désire, je ne baise plus si seulement l’autre me désire. Seul mon désir compte. Mes yeux transpirent mon désir et mon plaisir et à eux seuls ils sont capables de développer chez l’autre un désir qu’ils ne soupçonnaient pas. Un désir fictif ? Aucune importance, il est suffisant pour quelques heures ou une nuit.
Je baise dans les jardins publics, dans les chiottes d’un bar, sur une table, sur le sol, à l’hôtel, chez mes amants, dans un parking, sur une base militaire, sur une plage, dans l’eau, dans une voiture, contre un mur, dans l’herbe, sur un bureau, sur un canapé, sous la douche, dans des escaliers, habillée, pantalon baissé, jupe relevée, nue, avec deux amants l’un après l’autre dans la même soirée, avec un amant dans les chiottes d’un resto alors que l’autre m’attend à table, avec ou sans sextoy, des gants en latex ou pas, du gel ou pas, une sodomie, pénétration, anulingus, cunnilingus, fellation, fist, fessée, baisers, griffures, morsures, un peu d’uro, un martinet, une corde, un gode-ceinture… et toujours de la tendresse.
Je te baise et tu crois encore que c’est toi qui me baises. Et c’est ça qui me fait exulter.